Illustration pour l'article Hub G7 de formation à l'IA : ce que prévoit le communiqué

G7 Évian : les pays membres créent un Hub de formation IA

Par Anne-Cécile Lebrun - Co-fondatrice de LBKE

Publié le 22 juin 2026

Le 9 juin 2026, les ministres du Travail et de l’Emploi des sept pays membres du G7 se sont réunis au siège de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) à Genève. Le communiqué issu de cette réunion acte la création d’un Hub G7 de formation à l’IA, hébergé par l’OCDE.

Cette décision, présentée comme un outil de coordination internationale, mérite d’être analysée avec précision : ce qu’elle contient, ce qu’elle ne contient pas encore, et pourquoi elle s’inscrit dans une dynamique plus large autour des compétences et de l’emploi.

Contexte : pourquoi les ministres du Travail du G7 se saisissent de l’IA

La réunion du G7 Social s’inscrit dans la continuité directe de plusieurs textes adoptés depuis 2024 : le communiqué des Dirigeants du G7 des Pouilles, la déclaration de Cagliari et le Plan d’Action pour une adoption « centrée sur l’humain » d’une IA sûre dans le monde du travail, réaffirmés à Kananaskis (Canada) en 2025.

Ce qu’est le Hub G7 de formation à l’IA

Le Hub est décrit dans le communiqué comme un dispositif destiné à favoriser l’apprentissage mutuel par l’échange de bonnes pratiques. Il viendra compléter les initiatives existantes en matière d’acquisition des compétences liées à l’IA, et offrira une vue d’ensemble structurée, comparable et régulièrement mise à jour des programmes de formation à l’IA — publics comme privés — en cours dans l’ensemble des pays membres du G7.

En d’autres termes, il ne s’agit pas d’un programme de formation en tant que tel, ni d’un mécanisme de financement. Il s’agit d’un observatoire et d’un espace de coordination : cartographier ce qui existe, identifier ce qui fonctionne, partager les approches entre gouvernements. En France, on peut mesurer l’ampleur de ce chantier au regard du paysage déjà fragmenté des certifications IA — Pix IA, AICET, certifications RNCP — dont la coexistence illustre précisément le défi de lisibilité que le Hub cherche à résoudre à l’échelle internationale.

L’hébergement par l’OCDE est significatif. L’organisation dispose d’une capacité analytique reconnue sur les questions de marché du travail et de compétences (notamment via le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes, PIAAC, ou les travaux du Going Digital). Elle permettra au Hub de bénéficier d’une infrastructure méthodologique existante pour les comparaisons internationales.

Pourquoi cet outil est nécessaire : le problème de la lisibilité des offres de formation

Le Hub a pour objectif de produire une « vue d’ensemble structurée, comparable et régulièrement mise à jour ». En effet, une telle vue d’ensemble n’existe pas encore. C’est ce qui rend la décision compréhensible : elle répond à un problème de fragmentation et d’opacité des offres de formation à l’IA.

Dans chaque pays du G7, des programmes existent : initiatives publiques d’upskilling, dispositifs de formation continue financés par les États, offres privées portées par les éditeurs de logiciels ou les organismes de formation, plans sectoriels, partenariats université-entreprise, etc. Mais ces programmes coexistent sans réelle cohérence ni lisibilité transversale. Il est difficile, pour un décideur public, une direction RH ou un travailleur, de savoir ce qui est disponible, ce qui est efficace et ce qui est comparable d’un pays à l’autre. Les freins à l’adoption de l’IA en PME documentés par la recherche récente montrent que ce manque de lisibilité est précisément l’un des obstacles organisationnels les plus fréquemment identifiés.

Cette fragmentation a un coût. Elle ralentit la diffusion des bonnes pratiques, complique les comparaisons de performance entre pays, et rend plus difficile l’identification des lacunes à combler en priorité. Un Hub structurant ces données à l’échelle internationale constitue donc une réponse directe à ce problème de coordination.

Ce que le communiqué dit aussi : l’emploi de qualité et la mobilité professionnelle

La formation à l’IA n’est qu’un volet du communiqué. Deux autres axes méritent d’être mentionnés pour comprendre la logique d’ensemble.

Sur l’emploi de qualité, les ministres s’engagent à intensifier les efforts pour accroître les opportunités d’emploi pour toutes les tranches d’âge, avec un accent particulier sur les travailleurs « laissés jusqu’ici au bord du chemin ». Cette formulation reconnaît implicitement que les politiques d’emploi des dernières décennies, même lorsqu’elles ont augmenté les taux d’activité, n’ont pas bénéficié de manière homogène à l’ensemble de la population active.

Sur la mobilité professionnelle, une conférence G7 est prévue en décembre 2026 à Paris, assortie d’un recueil des bonnes pratiques. Le lien avec la formation à l’IA est direct : la montée en compétences sur l’IA n’a de sens, du point de vue du marché du travail, que si elle débouche sur une progression professionnelle réelle et non uniquement sur une adaptation défensive à un poste qui évolue. Sur ce point, les travaux empiriques disponibles, par exemple l’analyse du working paper du NBER sur la requalification des travailleurs exposés à l’IA, montrent que les programmes de formation professionnelle peuvent générer des gains salariaux significatifs, à condition de viser des compétences transversales plutôt qu’une spécialisation IA étroite.

Ce que le communiqué ne dit pas encore

Il faut lire le communiqué pour ce qu’il est : un texte politique d’orientation, pas un plan opérationnel. Plusieurs questions restent ouvertes.

Sur le périmètre du Hub : quelles formations seront référencées ? L’offre privée sera-t-elle incluse sur la base d’un simple signalement, ou soumise à des critères de qualité ? Comment seront traitées les formations très hétérogènes en termes de niveau, de durée et de public cible ?

Sur les méthodes de comparaison : la comparabilité internationale des données sur la formation est un exercice difficile. Les systèmes de certification, les volumes horaires, les modes de financement et les définitions de « compétences IA » varient considérablement d’un pays à l’autre. La méthodologie retenue par l’OCDE sera déterminante pour la robustesse des analyses produites.

Sur le lien avec les travailleurs : un Hub hébergé par l’OCDE, destiné aux gouvernements et aux décideurs, restera-t-il une ressource abstraite pour les travailleurs eux-mêmes et les petites entreprises ? La chaîne qui va de l’observatoire international à la formation effective d’un salarié en entreprise est longue et comporte de nombreux maillons qui ne sont pas encore décrits.

Pour les PME en particulier, des dispositifs comme le Parcours stratégique Atlas illustrent ce que peut être concrètement cette chaîne de transmission ; mais leur existence ne va pas de soi et dépend de conditions de financement et d’accessibilité que le Hub ne traite pas directement.

Une initiative cohérente avec les enjeux, mais dont la valeur dépendra de sa mise en œuvre

La création du Hub G7 de formation à l’IA répond à un besoin réel de coordination internationale sur un sujet où les pays avancent souvent en ordre dispersé. Le choix d’héberger ce dispositif à l’OCDE, organisation reconnue pour ses capacités comparatives, est cohérent.

Ce qui déterminera sa valeur effective, c’est la qualité des données collectées, la rigueur des méthodologies de comparaison, et surtout la capacité à traduire les enseignements identifiés en politiques de formation accessibles, finançables et adaptées aux travailleurs qui en ont le plus besoin.

La coordination internationale est une condition nécessaire mais non suffisante. Elle ne vaut que si elle produit des effets au niveau où se jouent réellement les transitions de compétences : au sein des entreprises, des branches professionnelles, et des dispositifs de formation continue. Les enjeux macro-économiques de compétitivité que cette dynamique soulève, notamment dans le contexte européen, ont été analysés dans notre article sur l’IA et la compétitivité européenne après le rapport Draghi.

Référence

Communiqué du G7 Social — Réunion des ministres du Travail et de l’Emploi, Élysée, 10 juin 2026

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À propos de l'auteur

Photo d'Anne-Cécile Lebrun

Anne-Cécile Lebrun est co-fondatrice de LBKE. Elle est ingénieur diplômée de Grenoble INP Génie Industriel, docteur en sciences de gestion de l'Université de Montpellier et agrégée de Sciences Économiques et Sociales.

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