Illustration pour l'article Vibe coding : l'IA change-t-elle la façon de coder ?

Vibe coding : coder avec l'IA sans savoir coder ?

Par Anne-Cécile Lebrun - Co-fondatrice de LBKE

Publié le 18 mai 2026

On entend de plus en plus parler de “vibe coding” dans les articles tech, dans les discussions sur la productivité des développeurs, et désormais dans les questions que se posent les entreprises sur leur manière de produire du logiciel. Le terme peut sembler un effet de mode, mais il désigne des pratiques et des outils bien réels, susceptibles de transformer en profondeur la productivité des développeurs.

En effet, se dessine une transformation réelle de la manière dont on conçoit et écrit du code, une transformation qui pose des questions sérieuses sur les compétences, les risques, et les gains de productivité attendus. Dans cet article, nous vous aidons à comprendre ce qu’est le vibe coding, ce qu’il change concrètement dans le quotidien des développeurs, à qui il s’adresse vraiment, et ce qu’il ne faut pas en attendre.

D’abord, clarifier le terme : qu’est-ce que le vibe coding ?

Le terme vibe coding a été popularisé début 2025 par Andrej Karpathy, ancien directeur de l’IA chez Tesla et figure connue de la recherche en apprentissage profond.

L’idée qu’il décrit est simple dans son principe : coder en se laissant porter par le flux de l’IA, en décrivant ce que l’on veut obtenir en langage naturel, en laissant le modèle générer le code, et en itérant sans nécessairement comprendre, ligne à ligne, ce qui est produit.

Le mot vibe (ambiance, ressenti, intuition) est volontairement informel. Il signale quelque chose d’important : dans cette approche, on ne pilote plus l’IA comme un outil qu’on maîtrise parfaitement. On collabore avec elle dans un mode plus intuitif, plus conversationnel, parfois plus expérimental.

En pratique, le vibe coding s’appuie sur des outils comme Cursor, GitHub Copilot, Claude Code, ou encore Windsurf — des éditeurs de code ou des assistants IA capables de générer, modifier, expliquer et déboguer du code à partir d’instructions en langage naturel.

Comment ça fonctionne concrètement ?

Le vibe coding, c’est une façon de travailler où le développeur (ou la personne qui veut obtenir un résultat fonctionnel) décrit son intention plutôt qu’elle ne l’implémente directement.

Concrètement, cela ressemble à : « Crée-moi un formulaire de contact qui envoie un email et enregistre les données dans une base », ou encore « Refactorise cette fonction pour qu’elle soit plus lisible », ou « Je veux un script Python qui lit ce CSV et génère un graphique ». L’IA propose une solution. L’utilisateur l’accepte, la corrige, lui demande d’itérer, et ainsi de suite.

Ce qui distingue le vibe coding d’un simple usage de l’autocomplétion IA, c’est l’amplitude du geste. On ne demande plus à l’IA de compléter une ligne ou de suggérer un nom de variable. On lui confie des blocs entiers de logique, parfois des fonctionnalités complètes, parfois la structure d’un projet entier. Et on avance en faisant confiance au résultat, quitte à ne pas toujours comprendre dans le détail comment il fonctionne.

À qui s’adresse le vibe coding ?

C’est une question importante, parce que la réponse est moins évidente qu’il n’y paraît.

Pour les développeurs expérimentés, le vibe coding est avant tout un accélérateur. Ils savent ce qu’ils veulent, ils savent évaluer ce que l’IA produit, ils savent repérer une erreur ou une mauvaise approche. Ils délèguent les tâches répétitives, les parties fastidieuses d’un projet, la génération de code boilerplate, et ils gardent la main sur l’architecture, la qualité, la sécurité.

Pour les non-développeurs (souvent appelés citizen developers dans la littérature sur la transformation numérique), le vibe coding ouvre une porte qui était jusque-là fermée. Un analyste, un chef de projet, un entrepreneur peuvent aujourd’hui obtenir un script fonctionnel, un prototype d’application, un outil interne, sans avoir suivi de formation en développement. C’est séduisant. Et c’est réel, dans certaines limites que nous allons détailler.

Pour les développeurs juniors, la situation est plus nuancée. Le vibe coding peut accélérer leur productivité à court terme, mais il peut aussi freiner leur apprentissage s’il est utilisé de façon trop systématique et trop précoce. Comprendre pourquoi un code fonctionne, ou ne fonctionne pas, reste une compétence fondamentale.

Les cas d’application les plus pertinents

Le vibe coding n’est pas également utile dans toutes les situations. Certains contextes s’y prêtent particulièrement bien.

La création de prototypes et de MVPs. Lorsqu’on veut tester une idée rapidement, valider un concept ou produire une démonstration fonctionnelle, le vibe coding est redoutablement efficace. Il permet de passer de l’idée au code en quelques heures plutôt qu’en plusieurs jours ou semaines.

L’automatisation de tâches internes. Scripts de traitement de données, outils de reporting, automatisations métier légères : autant de cas où le vibe coding permet à des profils non techniques d’obtenir des résultats concrets sans mobiliser une équipe de développement.

La génération de code répétitif. Dans un projet logiciel, une part non négligeable du code est structurellement similaire : tests unitaires, configurations, interfaces CRUD, migrations de base de données. L’IA excelle dans ces tâches et libère les développeurs pour des problèmes à plus forte valeur ajoutée.

L’exploration de technologies inconnues. Découvrir une nouvelle librairie, comprendre comment intégrer une API, expérimenter avec un framework : le vibe coding permet d’avancer vite dans des territoires peu familiers, avec l’IA comme guide.

Les gains de productivité : réels, mais à nuancer

La question des gains de productivité liés aux assistants de code IA fait l’objet d’une littérature de recherche croissante, dont nous avons publié une revue détaillée sur notre site. Les résultats sont instructifs, et souvent plus nuancés que ce que les discours promotionnels laissent entendre.

Certaines études montrent des gains significatifs sur des tâches bien définies. L’étude de Kumar et al. (2025), menée sur 300 développeurs sur une période d’un an, met en évidence une réduction moyenne de 31,8 % du temps de cycle des revues de pull requests, et une hausse notable du volume de code livré pour les utilisateurs les plus assidus de l’outil. D’autres recherches, notamment la revue systématique de Sergeyuk et al. (2026), rapportent des gains de l’ordre de 26 à 55 % sur certaines tâches de programmation ciblées.

Mais ces chiffres appellent plusieurs nuances importantes. La première, et sans doute la plus structurante, concerne le rôle de la formation et de l’accompagnement. Les études les plus sérieuses sont convergentes sur ce point : les gains de productivité dépendent fortement de l’intensité et de la qualité d’utilisation de l’outil. Kumar et al. l’expriment sans ambiguïté — une adoption sporadique ne produit pas d’effet mesurable, et le déploiement de ces outils a nécessité un effort de formation bien plus important que prévu initialement. Sergeyuk et al. vont dans le même sens en identifiant le prompt engineering comme une compétence stratégique, pas seulement une question de formulation : c’est un savoir-faire qui structure la collaboration avec l’IA et influe directement sur la productivité individuelle. Les effets sont par ailleurs différenciés selon les profils : les développeurs juniors bénéficient davantage des assistants de code que les profils expérimentés, à condition d’être suffisamment encadrés pour ne pas sombrer dans une sur-dépendance à l’outil.

Certains travaux arrivent à des résultats plus mitigés. Becker et al. (2025), dans une expérience conduite sur un échantillon de 16 développeurs expérimentés (dont une majorité sans expérience préalable de Cursor), ont observé que les participants autorisés à utiliser l’IA mettaient en moyenne plus de temps pour accomplir leurs tâches. La taille réduite de l’échantillon et le faible niveau de familiarité avec les outils limitent la portée de ces conclusions, mais le résultat pointe quelques éléments intéressants : la vérification du code généré, le reprompting et la gestion des sorties partiellement correctes créent une charge cognitive qui peut, dans certaines conditions, neutraliser les gains attendus. C’est précisément l’une des raisons pour lesquelles la montée en compétence sur ces outils n’est pas optionnelle.

Ce qui est moins souvent dit, c’est que le vibe coding déplace la nature du travail autant qu’il ne le réduit. Il diminue le temps passé à écrire du code, mais il augmente le temps passé à relire, à tester, à valider, à décrire précisément ce que l’on veut. Ce n’est pas un problème en soi, c’est une transformation de la posture du développeur.

Les limites qu’il ne faut pas ignorer

Le vibe coding enthousiasme, et c’est compréhensible. Mais plusieurs limites méritent d’être posées clairement.

La qualité du code généré n’est pas garantie. L’IA peut produire du code qui fonctionne… mais qui est mal structuré, difficile à maintenir, peu performant, ou porteur de vulnérabilités de sécurité. Sans une relecture rigoureuse, ces problèmes peuvent s’accumuler et devenir coûteux à corriger.

La sécurité est un angle mort fréquent. Les modèles IA génèrent du code en s’appuyant sur d’immenses corpus de données publiques, qui contiennent aussi du code mal sécurisé. Une IA ne sait pas, par défaut, que votre contexte impose des exigences particulières en matière de protection des données ou de conformité réglementaire. C’est à l’utilisateur de poser ces contraintes explicitement. Les agents IA souffrent de plus de vulnérabilités spécifiques comme le tiercé létal et d’autres listées par l’OWASP.

Le problème de la dette technique. Lorsqu’on accumule du code généré rapidement, sans architecture réfléchie, on crée de la dette technique : du code difficile à faire évoluer, à déboguer, à transmettre à d’autres développeurs. Ce n’est pas spécifique au vibe coding, mais le mode itératif et rapide qu’il encourage peut amplifier ce phénomène.

La dépendance à l’outil. Pour les profils non techniques, le risque est de produire du code que l’on ne comprend pas et que l’on ne peut pas maintenir seul. Si l’IA change, si le modèle évolue, si le contexte du projet se complexifie, on peut se retrouver dans une impasse.

La confidentialité des données. Certains outils de vibe coding envoient le code vers des serveurs distants pour traitement. Dans un contexte d’entreprise, cela peut poser des questions de confidentialité sur la propriété intellectuelle ou les données sensibles présentes dans le code. Ce point doit être évalué avant tout déploiement.

Vibe coding et formation : ce que ça change concrètement

Savoir formuler un prompt efficace, évaluer la qualité d’un code généré, identifier ce que l’IA ne voit pas, structurer un projet pour qu’il reste maintenable même lorsqu’il a été produit rapidement : ce sont des compétences qui s’apprennent, et qui ne s’improvisent pas.

Pour les développeurs expérimentés, la formation au vibe coding est d’abord une question d’outillage et de méthode. Maîtriser Cursor ou Claude Code ne se résume pas à savoir ouvrir l’interface : cela implique de comprendre comment configurer l’outil sur son projet (règles de projet, contexte de codebase, conventions d’équipe), comment construire des prompts adaptés à des tâches complexes, et comment intégrer ces pratiques dans un cycle de développement existant sans dégrader la qualité du code produit. Kumar et al. (2025) observent d’ailleurs que c’est précisément sur ce volet formation et accompagnement que les organisations ont systématiquement sous-estimé l’investissement nécessaire.

Pour les profils non techniques qui souhaitent tirer parti du vibe coding, la formation doit aborder explicitement les limites et les risques, sous peine de créer une fausse impression de maîtrise. Produire du code qui « fonctionne » dans un prototype n’est pas la même chose que produire du code maintenable, sécurisé et évolutif. Comprendre cette distinction, et savoir à quel moment il est nécessaire de faire appel à un développeur expérimenté, fait partie des compétences à acquérir.

Ce que le vibe coding dit de la transformation du métier de développeur

Le vibe coding s’inscrit dans une transformation plus large du métier, que nous avons analysée en détail dans notre article sur l’avenir des développeurs web à l’ère de l’IA. Les données de marché sont là : les recrutements de développeurs juniors se contractent, le secteur numérique a perdu 7 000 postes en 2024, et l’OIT classe les métiers de conception logicielle parmi les plus exposés à l’IA générative. Ce n’est pas un contexte anodin pour comprendre pourquoi le vibe coding suscite autant d’intérêt, et parfois autant d’inquiétude.

Ce qui se dessine n’est pas la disparition du développeur, mais l’émergence de deux profils distincts. Le premier est celui du développeur “augmenté”, à l’aise avec les outils IA, capable d’en tirer parti pour rester productif et compétitif. Le second, plus avancé, est celui du développeur LLM (ou développeur IA), qui ne se contente pas d’utiliser l’IA dans son workflow, mais qui construit des systèmes logiciels fondés sur elle : agents intelligents, applications LLM, orchestration de chaînes de traitement.

Dans les deux cas, ce qui devient déterminant, c’est la capacité à concevoir, à évaluer et à garder une vision d’ensemble du projet que l’IA, elle, n’a pas. Les tâches standardisées peuvent être déléguées à l’outil. La logique, l’architecture, les arbitrages de qualité et de sécurité, la compréhension du besoin métier : ce sont des responsabilités qui restent humaines, et qui prennent même plus de poids à mesure que la production de code s’accélère.

Vibe coding : de nouveaux outils, de nouvelles compétences à acquérir

Le vibe coding n’est pas une mode passagère. C’est une pratique émergente qui reflète une transformation réelle de la façon dont le code est produit, et qui pose des questions sérieuses à l’ensemble des acteurs du secteur : développeurs, managers, équipes de formation, entreprises.

Il apporte des gains de productivité réels, notamment sur les tâches répétitives, les prototypes et les automatisations. Il ouvre la porte du code à des profils qui en étaient jusqu’ici exclus. Mais il ne supprime pas le besoin de compétences techniques : il les transforme et les déplace.

Pour en tirer le meilleur, il faut l’aborder avec lucidité, ni enthousiasme naïf, ni scepticisme de principe. Comprendre ce que l’IA peut faire, ce qu’elle ne fait pas bien, et ce que l’humain doit continuer à assumer : c’est exactement ce que la formation peut, et doit, apporter.

Bibliographie

Commentez cet article sur les réseaux sociaux :

Partager sur Bluesky

À propos de l'auteur

Photo d'Anne-Cécile Lebrun

Anne-Cécile Lebrun est co-fondatrice de LBKE. Elle est ingénieur diplômée de Grenoble INP Génie Industriel, docteur en sciences de gestion de l'Université de Montpellier et agrégée de Sciences Économiques et Sociales.

Retrouvez-la sur LinkedIn

Vous avez apprécié cette ressource ? Découvrez les formations professionnelles courtes de LBKE.

Formation recommandée :

Abonnez-vous pour recevoir les nouvelles ressources

Flux RSS